Prévision de croissance en France horizon 2030

A l’initiative de François Fillon, le Centre d’analyse Stratégique et la direction générale du Trésor ont rendu un rapport sur les perspectives de croissance de l’économie française horizon 2030. De ce rapport découle 5 scénarios. Les scénarios sont eux même basés sur des taux de croissance allant de 1,6% à 2,3%. Le scénario avec une croissance à 1,6% est définie comme le « scénario noir »…
Avec 2,3% de croissance, on atteint le « scénario de croissance soutenue et soutenable avec un marché du travail plus efficace ». Ainsi du scénario noir au scénario de croissance durable, les créations d’emplois vont de 760 000 à 1 900 000. La France s’est donc montrée très résistante dans la crise en ne réduisant son PIB que de 2,6% par rapport aux 4,1% de chute dans la zone Euro. Cependant avec 1,5% de croissance en 2010 c’est également elle qui détient le retour à la croissance le plus mou de l’ensemble de la zone euro. Extrait du rapport que vous pouvez télécharger le Rapport_France_2030_final
Compte tenu de leur horizon (2030), les projections couvrent la période de sortie de crise ainsi que le retour à un sentier de croissance équilibrée. En 2010, les cinq scénarios démarrent sur un point de départ unique2.
  • • Un scénario Noir illustre une trajectoire pessimiste de l’économie française dans laquelle tous les risques pointés dans le rapport se concrétisent.
  • • Un scénario Fil de l’eau correspond à une prolongation des tendances de reprise molle qui se dessinent actuellement.
  • • Un scénario Croissance non soutenable matérialise, après une période de croissance relativement dynamique, les pertes associées à un assainissement seulement partiel des déséquilibres ayant conduit à la crise et à la prise en compte insuffisante de la contrainte environnementale.
  • • Un scénario Croissance soutenue et soutenable pointe les gains associés à la réorientation de l’appareil productif dans une perspective soucieuse de l’environnement.
  • • Un scénario Croissance soutenue et soutenable et marché du travail plus efficace illustre les gains supplémentaires associés à la mise en oeuvre de politiques volontaristes en faveur de l’emploi dans le cadre du scénario de Croissance soutenue et soutenable.
taux de croissance franceLes cinq scénarios sont détaillés ci-après et font l’objet de comparaisons dans la section suivante. Scénario Noir Le scénario Noir est un scénario où tous les risques pointés dans les premiers chapitres du rapport se concrétisent dans un contexte de déflation généralisée. L’accumulation du capital est pénalisée par le renchérissement du coût du capital. Le mouvement d’assainissement des bilans des agents privés et publics s’accompagne en effet d’une discrimination accrue entre emprunteurs pour se prémunir d’un risque de défaut et se traduit par une montée des primes de risques. Le renforcement de la régulation financière est alors d’autant plus coûteux qu’il se produit dans ce contexte de défiance généralisée. La croissance mondiale est fortement ralentie. Les dépenses d’investissement et de R & D sont peu favorisées par cette hausse du coût du capital et entérinent la rupture de PGF qui se profilait en sortie de crise. Le déficit d’innovation qui en découle favorise les délocalisations et peu d’emplois sont créés. En l’absence de politiques pour faciliter la réinsertion des chômeurs sur le marché de l’emploi, le chômage diminue peu et se stabilise au niveau élevé de 8,5 % à long terme. L’augmentation du nombre d’emplois est limitée, de l’ordre de 730 000 à l’horizon 2030. L’activité en France est peu dynamique avec un taux de croissance effective de 1,9 % en volume en moyenne entre 2010 et 2020, puis de 1,3 % entre 2020 et 2030 et 1,2 % au-delà. Scénario Fil de l’eau Ce scénario correspond à un scénario de prolongation, à partir de 2011, des tendances d’une reprise molle observée en 2010. Le contexte international est marqué par la fin du leadership américain et par le découplage des trajectoires de croissance entre les pays émergents et les pays matures qui peinent à retrouver une dynamique de croissance. Le durcissement de la régulation financière pèse légèrement sur le coût du capital et les entreprises peinent à saisir les opportunités qui s’offrent à elles. Les gains de PGF sont modérés car les entreprises ne se lancent pas dans de grands projets d’investissement. L’activité redémarre mais elle est tirée plutôt par la consommation des ménages français que par l’investissement ou les exportations : le taux de croissance du PIB en volume est de 2,4 % en moyenne entre 2010 et 2020. Ce rythme soutenu est le reflet de la résorption rapide de l’output gap. À partir de 2020, le taux de croissance est de 1,4 % en moyenne. Le chômage diminue assez vite en sortie de crise, cela facilite la diminution du taux de chômage structurel qui se stabilise in fine à son point bas de 7,8 % atteint en 2007. Le nombre d’emplois augmente de 930 000 en 2030. Scénario Croissance non soutenable Dans ce scénario, la croissance redémarre bien en sortie de crise, ce qui permet un léger rebond des gains de productivité et du taux de croissance de la PGF. L’activité est dynamique, soutenue par une diminution du coût du crédit du fait d’une politique monétaire accommodante et par la demande des pays émergents. L’euro est relativement plus faible que dans les autres scénarios. Ce scénario à tendance inflationniste contribue dans un premier temps à l’érosion monétaire de la dette. Cependant, de nouveaux déséquilibres apparaissent à moyen terme. D’une part, les réformes partielles et superficielles du fonctionnement du secteur financier et de la gestion des liquidités encouragent des prises de risque inconsidérées et des investissements peu soucieux des perspectives de long terme. Cette mauvaise sélection du capital dans un contexte de coût du crédit maintenu à un niveau bas contribue à ralentir la PGF à long terme. D’autre part, l’absence de prise en compte de la contrainte environnementale s’accompagne d’une hausse du prix des matières premières qui pèse sur les coûts de production. L’un au moins de ces deux facteurs de risque se traduit in fine par des tensions sur les sources de la croissance qui s’avère non soutenable à long terme : les gains de PGF et la croissance ralentissent fortement. Dans ce contexte international très instable en raison de l’apparition récurrente de bulles, le taux de croissance effective de la France diminue de 2,5 % en moyenne entre 2010 et 2020 à 1,3 % entre 2020 et 2030. Le dynamisme de l’activité en début de période permet cependant une diminution du chômage structurel, qui se stabilise à 7,5 % à long terme et une augmentation du nombre d’emplois de l’ordre de 1 million à l’horizon 2030. Scénario Croissance soutenue et soutenable Ce scénario est un scénario de mutation du modèle de croissance. Il est marqué à la fois par une prise de conscience environnementale et par une réorientation de l’appareil productif. Cette mutation est enclenchée par la mise en oeuvre de réformes structurelles ambitieuses dès la sortie de crise dans le domaine de la concurrence, de la R & D et de l’environnement. Ces évolutions sont favorables à la croissance à long terme mais s’accompagnent de coûts à court et moyen terme, dont une partie provient des incitations (signaux prix ou réglementations). Ces coûts pèsent sur le pouvoir d’achat des ménages à court terme et s’accompagnent d’une dépréciation accélérée du capital productif. En dépit du durcissement de la réglementation financière, et d’une normalisation de la politique monétaire de la BCE, l’effort d’investissement est important. La croissance du stock de capital est cependant limitée entre 2010 et 2020 par un déclassement du capital plus important que dans les scénarios précédents. À terme, les réformes structurelles portent leurs fruits et les gains de PGF, qui transitent en partie par une hausse des rendements énergétiques mais surtout par davantage d’innovations et de gains de compétitivité, s’intensifient tout au long de la période. Les économies matures profitent de la réorientation de leur appareil productif pour regagner des parts de marché ou du moins pour cesser d’en perdre face aux pays émergents. Ce mouvement augmente la segmentation du commerce mondial en termes de produits et de qualité. La croissance en France est de plus en plus dynamique et plutôt tirée par les facteurs d’offre : elle est de 2,2 % en moyenne à partir de 2010. Les créations d’emplois sont importantes, de l’ordre de 1 300 000 et le taux de chômage structurel se stabilise à un niveau bas de 6,5 %. Scénario Croissance soutenue et soutenable et marché du travail plus efficace Il s’agit d’un scénario identique au scénario Croissance soutenue et soutenable dans lequel une politique volontariste sur le marché de l’emploi est menée de surcroît. Cette politique peut, par exemple, viser à favoriser la mobilité du travail, la formation continue, ou prolonger le processus de la transformation du service de l’emploi et des institutions pour les rendre plus efficaces. L’ensemble de ces réformes porte ses fruits à partir de la fin de la décennie 2010 et permet de faire baisser le chômage structurel jusqu’à 4,5 % en fin de période, ce qui se traduit par la création d’un peu plus de 1 800 000 emplois. L’activité, avec un taux de croissance de 2,3 % en moyenne entre 2010 et 2020 puis 2,4 % entre 2020 et 2030, est soutenue. Ces cinq scénarios illustrent des trajectoires de croissance potentielle et effective de l’économie française contrastées pour la période 2010-2030, comme le montre leLes cinq scénarios s’articulent donc autour de jeux d’hypothèses distinctes, que ce soit pour la trajectoire de court-moyen terme ou pour le sentier de long terme. Les évolutions différenciées du progrès technique, de l’accumulation du capital et de l’emploi résultent de combinaisons de facteurs externes et de politiques macroéconomiques. Le tableau 9 résume les principales caractéristiques des scénarios décrits plus hauts.La situation sur le marché de l’emploi est difficile en 2010 au début de l’exercice de projection. Le taux de chômage, de 9,3 %, est élevé et près de 600 000 emplois ont été détruits par la crise entre le premier trimestre 2008 et le quatrième trimestre 2009. Par la suite, en dépit d’une tendance commune de ralentissement de la croissance de la population active en raison des évolutions démographiques, les différents scénarios font apparaître des évolutions contrastées au niveau des trajectoires de France 2030 : cinq scénarios de croissance – Des potentialités à saisir – Centre d’analyse stratégique – 83 – Avril 2011 www.strategie.gouv.fr l’emploi. Le nombre d’emplois créés par l’économie sur la période 2010-2030 varie de 730 000 à 1 900 000 selon les scénarios1. Ces écarts substantiels soulignent l’importance à la fois de l’environnement économique mais aussi des réformes sur le marché du travail pour limiter la persistance du chômage en sortie de crise et assurer la réduction du chômage structurel sur le moyen terme. Ainsi, dans le scénario Noir qui combine faible croissance et absence de politique de grande ampleur sur le marché du travail, peu d’emplois sont créés et le chômage diminue faiblement et se stabilise à 8,5 % à long terme. L’activité est plus soutenue dans les autres scénarios, ce qui permet une réduction plus importante du taux de chômage de long terme. Cette réduction est d’autant plus importante lorsque des politiques macroéconomiques ou des réformes structurelles soucieuses des perspectives de long terme sont mises en oeuvre. Ainsi, la réorientation de l’appareil productif et l’effort soutenu en faveur de l’innovation et de la R & D dans le scénario Croissance soutenue et soutenable permettent d’atteindre un taux de chômage de 6,5 % à long terme et de créer près de 1 400 000 emplois entre 2010 et 2030. Les politiques de l’emploi jouent également un rôle non négligeable : par rapport au scénario Croissance soutenue et soutenable, 575 000 emplois supplémentaires seraient créés en 2030 dans le scénario Croissance soutenue et soutenable et marché du travail plus efficace grâce à la mise en oeuvre de réformes spécifiques sur le marché du travail (cf. graphique 37).Tous les scénarios supposent un renchérissement léger mais permanent du coût du capital lié au renforcement de la régulation financière et notamment la mise en application de Bâle III. Cette hausse a pour vocation de limiter néanmoins la volatilité financière et le risque de crise coûteuse pour l’activité. Cependant, selon les scénarios, l’environnement économique dans lequel ce changement intervient n’est pas identique et n’a donc pas les mêmes conséquences sur l’investissement et le stock de capital. Le scénario Noir est le scénario le plus pessimiste et suppose à la fois un renforcement de la régulation financière et une hausse des primes de risque, le tout dans un contexte de déflation généralisée comparable à celui qu’a connu le Japon dans les années 1990. En 2030, ce renchérissement du coût du capital se traduit par un stock de capital inférieur de 9 % à celui du scénario Fil de l’eau, qui suppose uniquement un renforcement de la régulation financière. L’écart est de 10 % avec le stock de capital du scénario Croissance non soutenable, dans lequel l’évolution du stock de capital est dynamique en début de période mais l’apparition récurrente de bulles se révèle pénalisante in fine. L’écart est de 15 % avec les scénarios Croissance soutenue et soutenable et Croissance soutenue et soutenable et marché du travail plus efficace, dans lesquels l’investissement est dynamique mais la dépréciation du stock de capital plus forte entre 2010 et 2020 (cf. graphique 38). Dans les scénarios Croissance soutenue et soutenable et Croissance soutenue et soutenable et marché du travail plus efficace, la réorientation de l’appareil productif à la faveur de réformes structurelles résultent de la mise en oeuvre de politiques favorables à l’innovation, à la R & D et à la connaissance. Ces dernières favorisent le rebond des gains de PGF dont le taux de croissance remonte jusqu’à 1,3 % en fin de période (soit un taux de croissance des gains de productivité du travail de 2 %). Il s’agit d’un rythme de croissance de la PGF comparable à celui observé en moyenne sur longue période entre 1980 et 2007 ; mais inférieur à celui retenu par l’OCDE pour les États-Unis (1,5 %), dans un exercice de projection récent1. Par opposition, dans le scénario Fil de l’eau, le taux de croissance des gains de PGF se stabilise à 0,9 % par an (soit un taux de croissance des gains de productivité du travail de 1,4 %) ; il s’agit d’un taux légèrement inférieur au taux de 1,1 % retenu par la Commission européenne dans son exercice de projections de l’impact économique et budgétaire du vieillissement2. Enfin, dans le scénario Croissance non soutenable, après un léger rebond à 1 % en sortie de crise, les gains de PGF s’épuisent progressivement et retournent à 0,8 % de croissance annuelle (soit un taux de croissance des gains de productivité du travail de 1,2 %). 3.4. Les écarts de PIB par tête en 2030 vont jusqu’à 16 % et s’inscrivent dans des environnements très différents Le PIB par tête augmente de 28 % entre 2010 et 2030 dans le scénario Noir, le plus pessimiste, et de 48 % dans le scénario Croissance soutenue et soutenable et marché du travail plus efficace qui illustre la trajectoire la plus favorable. Ces différences se traduisent in fine par des écarts importants sur le niveau de PIB par tête atteint en 2030 (cf. graphique 39). Ainsi, par rapport au scénario Noir, l’écart de niveau de PIB est de 6 % pour le scénario Fil de l’eau et le scénario Croissance non soutenable. Il est de 13 % et de 16 % respectivement pour les scénarios Croissance soutenue et soutenable et pour le scénario Croissance soutenue et soutenable et marché du travail plus efficace. Au-delà de ces différences de richesse par tête, les différents scénarios n’illustrent pas la même trajectoire en termes de partage de la richesse, d’équité, de soutenabilité de modèle de croissance et d’empreinte écologique3. En effet, chaque scénario s’inscrit dans un contexte international différent et les orientations prises par l’Union européenne et la France sont bien distinctes dans chacun des cas. Dans le scénario Noir, marqué par un contexte international de faible croissance, les déséquilibres mondiaux se résorbent mais davantage sous l’effet d’un régime (1) Duval R. et de la Maisonneuve C. (2009), « Long-run GDP growth framework and scenarios for the world economy », OECD Economics Department Working Papers, n° 663, OCDE. Voir ci-après pour le détail des projections de l’OCDE. (2) Commission européenne (2009), Rapport 2009 sur le vieillissement démographique : projections économiques et budgétaires pour les États membres de l’UE-27 (2008-2060). (3) Les différents scénarios ne calculent pas explicitement l’empreinte écologique associée à chaque trajectoire de croissance. Pour plus de précisions, se reporter à l’exercice « Scénarii prospectifs énergie – climat – air de référence concernant la France dans un cadre européen et international à l’horizon 2030 » co-piloté par la Direction générale Énergie Climat et le Commissariat général au développement durable, et réalisée par Enerdata, le CITEPA, l’École des mines de Paris, avec l’appui du bureau d’étude Énergies-Demain. France 2030 : cinq scénarios de croissance – Des potentialités à saisir – Centre d’analyse stratégique – 86 – Avril 2011 www.strategie.gouv.fr déflationniste que sous l’effet d’une véritable coordination des politiques au niveau européen et mondial. En matière environnementale, il n’y a pas de volonté d’aller plus loin que les engagements et internationaux décidés en 2010, ce qui conduit à un épuisement progressif des ressources. Le scénario Fil de l’eau est marqué par un découplage entre les économies émergentes et les économies matures qui peinent à innover et perdent ainsi des parts de marché dans le commerce mondial. L’instabilité financière du scénario Croissance non soutenable favorise la volatilité du prix des matières premières, en particulier de l’énergie. La situation est différente dans les scénarios Croissance soutenue et soutenable et Croissance soutenue et soutenable et marché du travail plus efficace. La réorientation du modèle de croissance dans les économies matures favorise la résorption des déséquilibres mondiaux et leur permet de regagner ou du moins de conserver leur part de marché et ainsi de créer de nombreux emplois. La prise de conscience environnementale contribue à minimiser l’empreinte écologique de la croissance et la dépendance aux hydrocarbures en développant des sources d’énergie alternatives. Le classement de la France dans le monde en 2030 en termes de PIB par habitant est également différent selon les scénarios. Ainsi la place de la France resterait stable dans le Scénario Croissance soutenue et soutenable alors qu’elle se détériorerait fortement dans le scénario Noir (cf. tableau 10). Les données utilisées pour les autres économies sont issues de l’exercice de projection de long terme de l’OCDE. Le classement présenté ci-dessous est donc à interpréter avec précaution. D’une part les méthodes ne sont pas totalement comparable (cf. encadré). D’autre part, le panorama de la situation mondiale dans les projections de l’OCDE est figé une fois pour toute alors que alors que nos scénarios supposent des changements dans la dynamique mondiale.
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