Le secteur Software est-il vraiment « mort » à cause de l’IA ?
C’est le narratif qui domine en ce moment : l’IA générative rendrait les logiciels classiques obsolètes. Résultat : une purge massive sur les valorisations.
Le discernement est votre meilleur actif. 👉
Pourtant, l’histoire nous apprend que c’est souvent dans ces phases de pessimisme extrême que l’on construit les meilleures performances.
Dans cette analyse, je reviens sur :
1️⃣ Pourquoi le marché surréagit (encore une fois).
2️⃣ Comment identifier les logiciels qui vont sortir gagnants de l’intégration IA.
3️⃣ Ma méthode pour faire le tri sans finir « en slip ».
Le Grand Retournement
Il y a à peine un an, les « experts » de plateau nous vendaient un narratif idyllique : le logiciel allait être le grand vainqueur de l’IA. En injectant un peu de GPT dans leurs interfaces, les éditeurs devaient décupler leurs marges sans dépenser un centime en infrastructure. Aujourd’hui, le réveil est brutal. Le secteur ne se contente pas de corriger ; il se fait littéralement défoncer en bourse. Sous la surface d’indices dopés par une poignée de géants du hardware, une purge massive est à l’œuvre. Sommes-nous face à un « tri des patates » nécessaire ou à l’obsolescence programmée d’un modèle économique ? Pour l’investisseur « Value », la question n’est pas de savoir si c’est rouge, mais si le modèle est devenu « pourri » ou s’il offre enfin une marge de sécurité.
L’Ironie Cruelle du « Capex Light »
C’est l’arroseur arrosé. Pendant deux décennies, Wall Street a sanctifié les sociétés de logiciels pour leur modèle « Capex Lite » : pas d’usines, pas de stocks, juste du code et de la marge brute. Pourtant, en bourse, les idoles finissent toujours par être brûlées. Le marché, dans un revirement cynique, délaisse ces actifs « légers » pour se ruer sur les pelles et les pioches : le hardware et les matériaux de base.
L’ironie est totale. On nous expliquait que les éditeurs profiteraient des milliards investis par Google ou Microsoft sans avoir à en supporter les coûts. En réalité, le logiciel, qui pesait autrefois 15 à 16 % du S&P 500, voit son influence fondre au profit d’une rotation sectorielle violente. On ne veut plus de celui qui utilise l’outil, on veut celui qui le fabrique.
La Mort du Business Model « À la Place d’abonnement »
Le véritable danger pour les acteurs du SaaS (Software as a Service) est existentiel : c’est l’effondrement de leur unité de valeur.
« Le business model du logiciel est assis sur la vente de ‘places’ (licences par utilisateur). Si demain un agent IA (type Anthropic ou OpenAI) remplace les tâches de 10, 20 ou 100 employés, la poule aux œufs d’or s’étouffe. »
Pourquoi une entreprise paierait-elle 500 accès à un CRM ou un logiciel de gestion si une poignée d’agents autonomes suffit à piloter l’activité ? Ce n’est pas seulement une baisse de la demande, c’est une disruption directe des départements de développement et de gestion. Le modèle « per seat » est une relique du passé face à des agents capables de traiter des tâches complexes.
Le Piège de la Valorisation : L’Illusion du PER de 20
On entend déjà les sirènes du « c’est pas cher » : le PER moyen du secteur est passé de 50x à 20x. C’est une analyse de débutant qui ignore le « Forward PER ». Le marché est en train de recalculer la croissance future, et surtout, la pérennité des bénéfices.
Si les revenus chutent de 10 ou 20 % à cause de la réduction du nombre de licences, votre PER de 20 remonte instantanément à 30 ou 40. Le marché fait ce qu’il fait de mieux : vendre d’abord et réfléchir ensuite. Cette purge est masquée par l’illusion des indices. Alors que le S&P 500 classique semble solide, le S&P 500 Equal Weight (où chaque action pèse 0,2 %) montre une réalité différente. Nous assistons à un pic de rotation cycle de 30 ans : l’argent quitte les 10 plus grosses capitalisations pour irriguer le reste de la cote, mais le logiciel reste le grand sacrifié de ce mouvement.
Le « Tri des Patates » : Séparer le Grain de l’Ivraie
Dans ce massacre, tout est jeté avec l’eau du bain, des pépites aux dossiers toxiques. Il faut segmenter avec lucidité :
- Le Consulting (Capgemini, Accenture) : Ce sont les victimes désignées. Leur modèle repose sur la facturation de consultants juniors à prix d’or pour des tâches répétitives. L’IA remplace déjà ces bras. Le marché sanctionne, et même des dossiers comme Dassault Systèmes, Ipsos ou Wolters Kluwer se font « déchirer » alors que le lien avec l’IA n’est pas toujours immédiat. C’est la capitulation des valeurs de croissance sans croissance.
- La Cybersécurité (Crowdstrike, Fortinet, Palo Alto) : Voici le segment « no-brainer ». Les attaques générées par l’IA imposent une défense par l’IA. C’est le secteur où l’avantage compétitif est le plus résilient. Les niveaux de support deviennent historiques.
Ne pas être un « Bourrin » : Viser la Marge de Sécurité
Face à un couteau qui tombe, la règle de base est simple : ne pas être un bourrin. Un titre qui a perdu 50 % peut encore perdre 50 %. Il faut distinguer le « rebond technique » (pour le trader qui veut gratter 15 %) du « plancher d’investissement » (pour le long terme).
Je ne cherche pas une configuration graphique, je cherche un prix où, même si le scénario est médiocre, je m’en sors « les fesses propres. Voici les zones de prix où la marge de sécurité devient réelle :
- Microsoft : La zone des 360$ (comblement de gap) est le socle pour construire une ligne de fond.
- Adobe : Le niveau des 240$ est celui où l’on ne se pose plus de questions.
- Salesforce : Attendre la zone des 160-165.
- Crowdstrike : Un prix entre 330 et 340 offre une protection sérieuse.
- Fortinet : Sous les 60$, c’est un cadeau du marché.
Le marché peut défoncer ce qu’il a aimé bien plus longtemps et plus profondément que vous ne pouvez rester solvable. Attendez que les couteaux se plantent dans le sol.
La Consolidation ou la Mort
Le logiciel n’est pas mort, mais il va se concentrer violemment. Nous allons assister à une vague massive de fusions-acquisitions (M&A). Les géants aux caisses pleines vont ramasser les pépites disruptées pour une bouchée de pain. Regardez Figma : Adobe voulait l’acheter des milliards, le deal a capoté, la boîte s’est introduite en bourse bien plus haut avant de s’effondrer. À 20$, elle redevient une proie idéale.
La question pour votre portefeuille est simple : subissez-vous l’illusion des indices en pensant être diversifié alors que vous détenez des modèles économiques en train de brûler ? Le tri des patates a commencé. Assurez-vous de ne pas ramasser celles qui sont déjà pourries au fond du panier.
Portefeuille Graphseo Bourse
La perf ne prend pas en compte la performance de mon short NDX pour un montant en levier de 100% du portefeuille, ce qui permet une protection actuellement. Je continue de juste tenter des AR en rebond à ce stade en attendant que ça soit plus clair. Je fais du surplace. Je continue un peu le pas de bol, des trades non prix à quelques cents qui rebondissent fort, d’autres pas vendus pour 1e qui repartent à la baisse. C’est la bourse.
Les lecteurs de cet article lisent maintenant :
amicalement
Julien
Ne loupez plus une seule opportunité pour investir à moindre risque en recevant la newsletter de Graphseo bourse
PS: Tous mes investissements sont partagés en temps réel sur L'Académie des Graphs. Le portefeuille représente mes convictions personnelles consolidées (de mes différents courtiers) et n'est pas une incitation à l'achat ni à la vente. La performance en cours inclus les gains ou moins values latentes et l'impact du change sur les actions étrangères. Performance 2025: +145%; 2024: +41%; 2023: +38%; 2022: +46%; 2021: +122%; 2020: +121%; 2019: +79%; 2018: +21%; 2017: +24%; 2016: +12%; 2015: +45%; 2014: +30%; 2013:+72%, 2012:+9%, 2011:-11%... Clique-ici pour découvrir l'Académie des Graphs où je t'accompagne au quotidien, partage mes positions et portefeuilles dynamique et long terme en temps réel.
