Ce qu’il faut retenir
- Terry Smith, célèbre pour son approche du Quality Investing, effectue un pivot vers le Momentum face aux défis actuels du marché.
- L’investissement moderne nécessite de comprendre non seulement la qualité des entreprises, mais aussi le timing des mouvements du marché.
- Les stratégies de rattrapage et de suivi tendance offrent des opportunités, même lorsque des investisseurs renommés liquident leurs positions.
- L’agilité dans l’investissement est cruciale; savoir quand racheter plus cher plutôt que de s’accrocher à des valeurs en baisse est essentiel.
- L’avenir de l’investissement pourrait résider dans l’hybridation entre l’analyse fondamentale rigoureuse et une attention au timing et au flux du marché.
Le choc des certitudes
Dans le microcosme feutré de la gestion d’actifs, Terry Smith est une institution. Surnommé le « Warren Buffett anglais », le fondateur de Fundsmith a bâti sa légende sur un dogme immuable : le Quality Investing. Acheter des entreprises exceptionnelles, ne jamais les vendre, et laisser la capitalisation faire le reste. Pourtant, le dogme vacille. Face à la suprématie insolente des ETF et à une sous-performance chronique, Smith vient d’opérer un pivot radical vers le Momentum.
Ce virage pose une question existentielle pour l’investisseur moderne : pourquoi un génie de l’analyse fondamentale abdique-t-il pour chasser le flux ? La réponse est brutale : dans un marché dominé par la psychologie des foules, l’analyse cartésienne des chiffres ne suffit plus. Comprendre le « Quoi » (la qualité) est une condition nécessaire, mais comprendre le « Quand » (le flux) est devenu la condition de survie.
Le piège cartésien : Pourquoi avoir raison trop tôt est une erreur
L’éducation financière classique nous enferme dans un carcan rationnel. On nous martèle que si les fondamentaux sont bons, le prix finira par suivre. C’est une vérité comptable, mais une hérésie de timing. Si l’analyse fondamentale est la boussole, l’analyse graphique est le chronomètre. Le marché n’est pas une machine à calculer froide, c’est une bête émotionnelle dont les humeurs dictent le prix à court et moyen terme.
Comme le souligne l’investisseur Julien Flot, l’isolement intellectuel est le pire ennemi de la performance :
« Ce qui va permettre votre performance, ce n’est jamais d’avoir raison tout seul dans votre coin avant tout le monde, c’est justement que beaucoup de personnes se mettent à penser comme vous et se mettent à investir comme vous. C’est ça qui crée un déficit d’offre d’action disponible par rapport à une demande accrue et qui fait monter les prix en bourse. »
Avoir raison contre le flux, c’est accepter de voir son capital stagner dans des « valeurs de qualité » que le consensus a décidé d’ignorer. Le graphique n’est pas une boule de cristal, c’est un détecteur de mensonges qui valide — ou non — la pertinence de votre thèse fondamentale auprès de la masse.
L’effet « Vase Communiquant » : Quand la Qualité perd son aura
Le marché est une bête aux appétits changeants. On assiste aujourd’hui à une rotation violente où la « Qualité » ne suffit plus à justifier un investissement si elle n’est pas portée par le Momentum. Des fleurons comme Coloplast ou Nike subissent de véritables hémorragies graphiques malgré des bilans robustes. Pourquoi ? Parce que le marché a déplacé son « Premium de survalorisation » ailleurs.
Ce transfert de capitaux s’explique par trois facteurs clés :
- Le jeu du futur vs le présent : Les investisseurs délaissent les valeurs défensives pour payer un premium sur l’avenir (Data Centers, IA). Ils préfèrent une promesse incertaine mais « Momentum » qu’une certitude solide mais délaissée.
- La revalorisation par le risque (Cas du Software) : Des titres comme Wolters Kluwer ou Zoetis ne chutent pas à cause de leurs fondamentaux, mais parce que le marché leur applique un « risque IA ». On retire le premium de momentum pour revenir à une valorisation « normale », provoquant des chutes de 50 % sans dégradation opérationnelle.
- La dynamique de l’offre et de la demande : La qualité devient « Value » par dépit. Tant que le consensus n’est pas acheteur, le titre reste une « Dead Money », peu importe son PER.
Le facteur Druckenmiller : Le graphique comme gestion du risque
Pour naviguer dans ces eaux troubles, il faut observer Stan Druckenmiller, le « GOAT » (Greatest of All Time). Sa règle d’or est simple : il utilise la macroéconomie pour sa sélection, mais il refuse d’acheter si le graphique est « pourri. Pour lui, le prix est la seule vérité.
Adopter cette posture, c’est transformer l’analyse graphique en outil de gestion du risque. Elle permet de détecter la capitulation baissière ou, au contraire, la neutralisation de tendance. C’est ici que Terry Smith semble avoir trébuché : il a vendu Atlas Copco, une erreur stratégique notable puisque le titre reste dans une tendance haussière pure, cassant ses plus hauts historiques. Smith a vendu un gagnant qui avait encore le flux pour lui, prouvant que le passage au Momentum est un exercice d’équilibrisme périlleux.
L’opportunité des « Sous-vagues » : Acheter ce que Terry Smith vend ?
L’analyse des mouvements de Smith révèle une ironie de marché : il liquide ses positions au moment même où certaines atteignent des points de saturation vendeuse.
La stratégie de « Rattrapage » (Catch-up) Les valeurs soldées par Smith (Nike, LVMH, Essilor) sont actuellement enfermées dans des biseaux descendants (falling wedges). Ce sont des figures d’incertitude qui, en cas de cassure par le haut, peuvent générer des rebonds techniques brutaux de +30 % à +50 %. Pour LVMH, le signal de retour de force se situe au-dessus de la zone des 530 €. Pour Nike, il faudra s’affranchir de la résistance des 60-65 $ pour valider un vrai retournement. Ce ne sont pas encore des tendances haussières durables, mais des « sous-vagues » lucratives pour l’investisseur agile.
La stratégie de « Poursuite » (Trend Following) À l’inverse, ses achats (Applovin, GE Vernova) sont en pur momentum. Le danger ? Smith achète ici le « meilleur des mondes possibles » déjà pricé pour 2028. Le risque de correction de -40 % ou -50 % est réel si la moindre ombre apparaît au tableau, car ces titres n’ont plus de marge de sécurité fondamentale.
L’Agilité : La qualité première de l’investisseur moderne
L’agilité, c’est la capacité de « retourner sa veste » sans que l’ego ne vienne parasiter la performance. En bourse, il faut tenir ses convictions fébrilement. L’erreur de Terry Smith ne réside pas dans sa vente actuelle — il sort de tendances baissières — mais dans son éventuelle incapacité future à racheter plus cher ce qu’il a vendu si le momentum revient sur la Qualité.
L’investisseur moderne doit accepter cette réalité :
- Le prix a toujours raison sur votre fichier Excel.
- Il vaut mieux racheter un titre 10 % plus cher avec un flux acheteur validé que de le « moyenner à la baisse » dans un tunnel sans fin.
- La neutralisation de tendance (le range) est le moment où l’on construit son plan, pas celui où l’on subit ses émotions.
Vers une synthèse de l’esprit et du graphique
L’investissement est une science des probabilités. Le cas Terry Smith illustre la fin d’une époque : celle où la simple sélection de bons business suffisait à battre les indices. À l’horizon 2026-2027, le marché devra trancher entre la disruption totale par l’IA ou la réhabilitation des fondamentaux classiques.
En attendant, la survie passe par une hybridation : garder la rigueur de Smith pour le choix des actifs, mais adopter l’agilité de Druckenmiller pour le timing. La question n’est plus de savoir si une entreprise est de qualité, mais si le marché est prêt à payer pour cette qualité aujourd’hui.
Êtes-vous prêt à abandonner vos certitudes cartésiennes pour suivre le flux, ou préférez-vous avoir raison seul dans un marché qui vous ignore ?

amicalement
Julien
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PS: Tous mes investissements sont partagés en temps réel sur L'Académie des Graphs. Le portefeuille représente mes convictions personnelles consolidées (de mes différents courtiers) et n'est pas une incitation à l'achat ni à la vente. La performance en cours inclus les gains ou moins values latentes et l'impact du change sur les actions étrangères. Performance 2025: +145%; 2024: +41%; 2023: +38%; 2022: +46%; 2021: +122%; 2020: +121%; 2019: +79%; 2018: +21%; 2017: +24%; 2016: +12%; 2015: +45%; 2014: +30%; 2013:+72%, 2012:+9%, 2011:-11%... Clique-ici pour découvrir l'Académie des Graphs où je t'accompagne au quotidien, partage mes positions et portefeuilles dynamique et long terme en temps réel.

